À Grand-Village, une gestion du quotidien face à la grande bascule démographique de l’île.
Entre bulletin d’information et récit d’autosatisfaction, que nous dit vraiment la municipalité de son cap pour l’avenir ?
Chaque hiver, les bulletins municipaux fleurissent dans les boîtes aux lettres des communes oléronaises. Celui de Le Grand-Village-Plage, paru en janvier 2025, déroule sur 28 pages une chronique de la vie locale rythmée par les travaux de voirie, les animations de Noël, et les ateliers pédagogiques à la Maison éco-paysanne. Mais une question persiste : face aux bouleversements démographiques, sociaux et écologiques que connaît l’île d’Oléron, ce bulletin raconte-t-il vraiment l’essentiel ?
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Une île vieillissante, un village en douce inertie ?
Le territoire de la Communauté de communes de l’île d’Oléron compte plus de 35 % d’habitants âgés de 65 ans ou plus, selon les données INSEE de 2021. À Grand-Village-Plage comme ailleurs sur l’île, le solde naturel est négatif, et la croissance démographique repose sur le seul solde migratoire — des arrivées souvent synonymes de retraites plus que de jeunesse active. Pourtant, à aucun moment dans ce bulletin ne sont évoqués les enjeux du vieillissement massif de la population, ni les politiques concrètes d’adaptation du logement, de la mobilité ou des services à cette réalité.
La municipalité évoque l’action de l’initiative Mo.Na.Lis.A ou de l’Heure Civique pour rompre l’isolement, mais ces efforts, aussi louables soient-ils, relèvent surtout du bénévolat structuré, non d’une politique publique assumée à grande échelle.
Des finances publiques qui racontent une ambition modeste
Côté budget, les chiffres parlent : aucune ligne d’investissement ne dépasse les 25 000 €, à l’exception d’une enveloppe de 23 893 € pour sécuriser les écoles, en partie subventionnée par l’État. Le reste se partage entre alarmes, stores, grillages ou portes coupe-feu. Des montants parfois inférieurs à ceux engagés pour les animations culturelles estivales. En somme, un budget d’entretien, pas de transformation.
Dans un territoire où près de 62 % des logements sont des résidences secondaires, où les jeunes actifs peinent à se loger, où la dépendance à l’automobile reste écrasante, on peine à déceler, dans ce bulletin, une réponse politique de fond. La révision du PLU est bien engagée, certes, mais les orientations concrètes sur le logement à l’année, la lutte contre la vacance, ou la conversion écologique du bâti restent absentes du discours public.
Une politique culturelle sans conflit, sans tension, sans débat ?
Le festival de jazz, les films sur le patrimoine, les spectacles à la Maison éco-paysanne… L’offre culturelle existe, mais elle est sans aspérité, sans contradiction, sans stratégie visible à long terme. La culture devient un décor apaisé, un élément d’attractivité touristique, plus qu’un levier de lien social ou d’émancipation collective.
Dans une île où 13 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, et où les jeunes partent faute d’opportunités, quel rôle politique donne-t-on à la culture ? Le bulletin ne le dit pas.

Les Nuits arméniennes sur l’île d’Oléron : une semaine de culture pour éclairer un siècle de fractures caucasiennes
Du 24 au 29 novembre, l’île d’Oléron accueille Les Nuits arméniennes, un festival intercommunal qui traverse les salles, les places et les cuisines de l’île. Mais derrière les instruments, les voix et la chaleur des buffets, une histoire plus profonde affleure : celle du premier génocide du XXᵉ siècle, celui de 1915, toujours nié par la Turquie ; celle du Haut-Karabakh, vidé de ses habitants arméniens en 2023 ; celle d’un peuple qui, depuis plus d’un siècle, se trouve aux avant-postes des fractures impériales du Proche-Orient et du Caucase.
À Oléron, ces nuits sont une invitation à comprendre – et à ne pas laisser les oubliés du monde disparaître une seconde fois.

Oléron : deux arrêtés préfectoraux en 24h — quand Moscou impose son tempo
Hier, L’Obs Ø révélait l’existence du premier arrêté préfectoral limitant l’interdiction de manifester à 10h–12h. Aujourd’hui, nous publions une information nouvelle : un second arrêté, signé seulement vingt-quatre heures plus tard, élargit brusquement ce même dispositif jusqu’à 17h. Une incohérence administrative qui en dit long sur la stratégie russe — et sur la position inconfortable dans laquelle la préfecture s’est retrouvée.

Manifestation pro-Ukraine tenue à distance : quand une initiative locale ouvre un boulevard à Moscou
La préfecture assure que la manifestation pro-Ukraine n’a pas été interdite : elle a simplement été déplacée hors d’un périmètre restreint autour du cimetière. Le maire confirme avoir autorisé la mobilisation et refusé de fermer le site. Pourtant, ce 24 novembre, un simple déplacement diplomatique, né d’une initiative individuelle, a suffi à mettre en tension l’État, les élus et une partie de la population. Une scène locale qui, par contraste, pourrait parfaitement servir la narration russe.

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