Bétonner la mémoire : ce que les blockhaus d’Oléron taisent encore
Ils sont là, immobiles, arrimés à la dune comme des carcasses de baleines. Les blockhaus de l’île d’Oléron, vestiges d’un temps gelé par le ciment et la peur, sortent lentement du sable. On les gratte, on les brosse, on les étiquette. Certains applaudissent ce réveil patrimonial. D’autres y voient une étrange dévotion. Et peu nombreux sont ceux à s’interroger sur ce qui, sur leurs parois, a déjà été dit, crié, peint — avant que ne revienne le silence des musées.
Un monument n’est pas une tombe
Depuis plusieurs mois, la Communauté de communes de l’île d’Oléron orchestre un vaste projet de valorisation des blockhaus construits par l’armée allemande entre 1942 et 1944. Un « chemin d’histoire » est en gestation, parsemé de panneaux explicatifs, de QR codes, et d’un zèle commémoratif. Il s’agirait de transformer ces témoins de béton en balises pédagogiques, à l’occasion du 80e anniversaire de la Libération.
Mais de quelle mémoire parle-t-on ? Celle du Mur de l’Atlantique, ce fantasme de forteresse continentale qui n’arrêta jamais personne ? Ou celle, plus feutrée, des erreurs de l’histoire française — collusions, passivité, recrutements locaux pour la construction de ces mêmes bunkers, parfois avec la main d’œuvre de prisonniers ? Faut-il rappeler que l’île fut libérée le 1er mai 1945 par le sud, à Saint-Trojan-les-Bains, bien loin des blockhaus de Chassiron ou de Vert-Bois, restés vides d’usage militaire ?
On veut donc raconter la guerre, sans la bataille. Rendre hommage au décor, mais pas aux acteurs. C’est là que le regard se brouille.
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Les Nuits arméniennes sur l’île d’Oléron : une semaine de culture pour éclairer un siècle de fractures caucasiennes
Du 24 au 29 novembre, l’île d’Oléron accueille Les Nuits arméniennes, un festival intercommunal qui traverse les salles, les places et les cuisines de l’île. Mais derrière les instruments, les voix et la chaleur des buffets, une histoire plus profonde affleure : celle du premier génocide du XXᵉ siècle, celui de 1915, toujours nié par la Turquie ; celle du Haut-Karabakh, vidé de ses habitants arméniens en 2023 ; celle d’un peuple qui, depuis plus d’un siècle, se trouve aux avant-postes des fractures impériales du Proche-Orient et du Caucase.
À Oléron, ces nuits sont une invitation à comprendre – et à ne pas laisser les oubliés du monde disparaître une seconde fois.

Oléron : deux arrêtés préfectoraux en 24h — quand Moscou impose son tempo
Hier, L’Obs Ø révélait l’existence du premier arrêté préfectoral limitant l’interdiction de manifester à 10h–12h. Aujourd’hui, nous publions une information nouvelle : un second arrêté, signé seulement vingt-quatre heures plus tard, élargit brusquement ce même dispositif jusqu’à 17h. Une incohérence administrative qui en dit long sur la stratégie russe — et sur la position inconfortable dans laquelle la préfecture s’est retrouvée.

Manifestation pro-Ukraine tenue à distance : quand une initiative locale ouvre un boulevard à Moscou
La préfecture assure que la manifestation pro-Ukraine n’a pas été interdite : elle a simplement été déplacée hors d’un périmètre restreint autour du cimetière. Le maire confirme avoir autorisé la mobilisation et refusé de fermer le site. Pourtant, ce 24 novembre, un simple déplacement diplomatique, né d’une initiative individuelle, a suffi à mettre en tension l’État, les élus et une partie de la population. Une scène locale qui, par contraste, pourrait parfaitement servir la narration russe.
