Oléron, sur la vague… mais à contre-courant
À l’approche de l’été, les plages d’Oléron se préparent à accueillir des milliers de surfeurs venus chercher la houle atlantique. Mais derrière l’écume des vagues et les promesses de liberté, le surf insulaire révèle ses paradoxes : économie saturée, encadrement sous pression, et absence de structuration locale face à une industrie en recomposition.
Une île sous pression saline
Chaque été, les plages de Vert-Bois, Grand-Village, La Perroche ou Saint-Trojan se couvrent de néoprène. Des dizaines de milliers de vacanciers viennent s’essayer à l’art du take-off, planche sous le bras et sel sur les joues. Si l’image est devenue carte postale, la réalité est plus complexe : Oléron ne dispose que d’un seul club labellisé par la Fédération française de surf, basé à Dolus, sur la plage de Vert-Bois. Une structure solide, ouverte toute l’année, mais qui ne peut à elle seule absorber l’afflux massif de néo-surfeurs.
Comme l’explique Thomas Maallem, directeur technique du Hossegor Surf Club, cité dans Les Échos (19 juin 2025) :
« Il y a trop de monde, avec certains néosurfeurs qui n’ont ni le niveau, ni la connaissance des règles de priorité. Cela devient tendu et cause des problèmes de sécurité. »
Ces mots résonnent jusque sur les plages oléronaises, où les moniteurs voient leur charge de travail exploser, sans moyens supplémentaires, ni soutien institutionnel clair. Car à Oléron, le surf est d’abord vécu comme une activité touristique saisonnière, plus que comme une discipline sportive fédérée.
Une économie en surchauffe
Ce paradoxe, Les Échos le qualifient de « grand paradoxe du surf » : jamais autant de pratiquants, jamais autant d’écoles privées — plus de 500 en France, dont la moitié en Nouvelle-Aquitaine —, mais un secteur en crise après l’euphorie post-Covid.
À Oléron, les écoles privées se multiplient, certaines sans encadrement certifié ni concertation avec les autorités locales. Le modèle repose sur l’effet d’aubaine : former vite, louer cher, oublier demain. Peu de liens sont tissés avec les clubs, encore moins avec les projets éducatifs à l’année.
Ce modèle est fragile. Comme le rappelle Stéphane Sisco, cadre de la FFSurf :
« Une fois équipé, un surfeur peut garder sa planche et sa combinaison pendant des années. »
Le marché du surf — 2,1 milliards d’euros, 4 000 emplois directs en France — vit désormais un retournement de vague. Les grandes marques ferment ou délocalisent. Les boutiques souffrent. Et Oléron, bien qu’à l’écart des géants comme Hossegor, sent aussi cette tension.

Les Nuits arméniennes sur l’île d’Oléron : une semaine de culture pour éclairer un siècle de fractures caucasiennes
Du 24 au 29 novembre, l’île d’Oléron accueille Les Nuits arméniennes, un festival intercommunal qui traverse les salles, les places et les cuisines de l’île. Mais derrière les instruments, les voix et la chaleur des buffets, une histoire plus profonde affleure : celle du premier génocide du XXᵉ siècle, celui de 1915, toujours nié par la Turquie ; celle du Haut-Karabakh, vidé de ses habitants arméniens en 2023 ; celle d’un peuple qui, depuis plus d’un siècle, se trouve aux avant-postes des fractures impériales du Proche-Orient et du Caucase.
À Oléron, ces nuits sont une invitation à comprendre – et à ne pas laisser les oubliés du monde disparaître une seconde fois.

Oléron : deux arrêtés préfectoraux en 24h — quand Moscou impose son tempo
Hier, L’Obs Ø révélait l’existence du premier arrêté préfectoral limitant l’interdiction de manifester à 10h–12h. Aujourd’hui, nous publions une information nouvelle : un second arrêté, signé seulement vingt-quatre heures plus tard, élargit brusquement ce même dispositif jusqu’à 17h. Une incohérence administrative qui en dit long sur la stratégie russe — et sur la position inconfortable dans laquelle la préfecture s’est retrouvée.

Manifestation pro-Ukraine tenue à distance : quand une initiative locale ouvre un boulevard à Moscou
La préfecture assure que la manifestation pro-Ukraine n’a pas été interdite : elle a simplement été déplacée hors d’un périmètre restreint autour du cimetière. Le maire confirme avoir autorisé la mobilisation et refusé de fermer le site. Pourtant, ce 24 novembre, un simple déplacement diplomatique, né d’une initiative individuelle, a suffi à mettre en tension l’État, les élus et une partie de la population. Une scène locale qui, par contraste, pourrait parfaitement servir la narration russe.
Le Shapers Club de Marennes : laboratoire voisin
À 15 minutes du pont, Marennes vient d’accueillir un acteur structurant : le Shapers Club, installé dans un ancien bâtiment industriel transformé en temple de la glisse. 1 800 m² dédiés à la fabrication artisanale de planches, un surfshop de 400 modèles, un bar-snacking, un coworking, un skatepark… et surtout, une résidence active pour 45 shapers internationaux, venus d’Australie, de Californie ou du Japon.
Le lieu, imaginé par les frères Cardinal (ex-UWL), ne se contente pas de vendre. Il propose de voir le shape en direct, d’assister à des projections, de discuter avec les artisans, d’ancrer le surf dans une culture, pas dans une consommation.
En juin 2025, Thomas Bexon, figure mondiale du longboard, y a façonné une série de planches sur place. Plus qu’un atelier, c’est un manifeste pour une autre manière de penser le surf, tournée vers l’écoresponsabilité, la durabilité et le partage. Une voie que pourrait emprunter Oléron, encore à l’écart de cette dynamique.
Quel avenir pour le surf oléronais ?
L’île d’Oléron, riche de ses spots, manque d’un écosystème à la hauteur de son potentiel. Pas de coordination entre écoles, pas de plan local pour encadrer la pratique, pas de soutien structuré à la filière artisanale. Pourtant, le potentiel est là : la fréquentation explose, les jeunes sont nombreux à vouloir pratiquer, le voisinage de Marennes offre une porte d’entrée vers une filière de qualité.
Alors que le surf pourrait devenir un levier de développement durable, la tentation du tout-touristique menace. La CdC ou les communes pourraient impulser une stratégie :
- création d’un label intercommunal pour les écoles,
- soutien à l’ouverture d’un pôle de formation ou de shape local,
- mise en réseau avec le Shapers Club de Marennes,
- intégration du surf dans les projets éducatifs et sportifs annuels.
Oléron est sur la vague, mais à contre-courant. Sans politique publique ni structuration, le surf risque de devenir un produit comme un autre, livré aux aléas de la saison. Pourtant, il pourrait être bien plus : une culture, une éthique, un avenir pour une jeunesse insulaire en quête de sens et de racines. Encore faut-il savoir lire l’océan.
