Saint-Pierre d’Oléron mise sur le skate et sa culture : le skatepark SPØ, un pari pour la jeunesse
À Saint-Pierre d’Oléron, le skatepark SPØ a été inauguré samedi 28 juin. Un lieu où le béton se fait vague, pour accueillir les jeunes dans un espace de liberté urbaine fidèle à l’esprit surf de l’île. Entre ambition sportive, respect environnemental et cohésion sociale, ce projet interroge aussi sur l’équilibre territorial de l’offre sportive sur Oléron.
Saint-Pierre-d’Oléron | 28 juin 2025. Sous le ciel clair, le béton du skatepark SPØ renvoie la lumière comme un miroir tremblant. Un bol californien, des modules urbains, et ce souffle d’été où le béton devient vague à deux pas du complexe de l’Oumière. Depuis deux ans, enfants et adolescents de la commune occupaient déjà ce skatepark avant même son inauguration officielle. Samedi, élus, associations et riders ont célébré un projet qui s’est imposé par la force de la demande.
« On avait une demande très forte de nos jeunes, il fallait y répondre », confie le maire Christophe Sueur, rappelant que Saint-Pierre compte 2 000 licenciés sportifs, dont près de 900 mineurs.
Une architecture pensée pour la jeunesse
Conçu par Hall 04 en dialogue avec les riders locaux, le skatepark SPØ se veut modulable, urbain et fidèle aux pratiques contemporaines. Il s’inscrit dans la tradition maritime de l’île où le surf façonne l’imaginaire collectif, prolongeant dans le bitume l’énergie de la glisse lorsque la houle se retire.
« Ce bol, c’est un clin d’œil à la Californie. Une vague de béton, une vague de surf », glisse le maire, rappelant que le skateboard est désormais discipline olympique.
Un investissement conséquent, un ancrage durable
L’équipement a coûté 543 000 €, financé à 50 % par la commune et complété par :
L’État : 80 000 €
Un Retour TVA : 85 000 €
L’Agence nationale du sport : 50 000 €
Le Département : 20 000 €
La CdC Oléron (fonds concours paysager) : 30 000 €
Autour, un paysagement de 30 000 €, construit non sans difficultés mais alimenté par forage pour limiter la consommation d’eau potable, vise à fondre le skatepark dans le paysage. « Nous voulons un lieu de vie, un espace de rencontre intergénérationnel », souligne Christophe Sueur.
Trois skateparks au centre, des extrémités oubliées ?
L’inauguration du SPØ s’inscrit dans une dynamique insulaire : Dolus construit actuellement son propre skatepark, et Saint-Georges d’Oléron dispose déjà de celui des Près Valet, restauré l’an passé. Trois skateparks, tous concentrés dans le cœur de l’île, laissant les extrémités à Saint-Trojan au sud et Saint-Denis au nord sans équipement comparable.
Cette répartition questionne : comment garantir un accès équitable à ces espaces de glisse à l’échelle de l’île ? L’insularité impose des distances réelles, notamment pour les familles sans véhicule, tandis que le skateboard, sport populaire, suppose une proximité avec le lieu de vie.
Le projet d’un « Oléron Skate Tour » reliant les trois skateparks existants est sur la table. Mais l’idée même d’un circuit met en lumière l’absence de ces espaces aux deux extrémités de l’île. Alors que l’on parle de surf urbain comme vecteur d’inclusion et de cohésion, l’équité territoriale pourrait être le prochain défi des politiques sportives locales.
L’espace public comme promesse
En inaugurant ce skatepark, Saint-Pierre offre un espace où la jeunesse s’approprie la ville, où le béton se fait vague. Parents, riders et passants cohabitent dans ce lieu de liberté et ouvert, façonnant ainsi un quotidien partagé.
Ce n’est pas seulement un équipement sportif : c’est un lieu de respiration et d’expérimentation sociale. Reste à imaginer, à l’échelle de l’île, comment prolonger cet élan dans tous les villages, pour que le surf urbain ne reste pas l’apanage du centre, mais devienne un souffle pour toute l’île, de Saint-Trojan à Saint-Denis.
À retenir
Lieu : Skatepark SPØ, Saint-Pierre d’Oléron, à coté du complexe Loumière.
Coût : 543 000 €, financé à moitié par la commune.
Objectif : Créer un lieu de glisse urbain ouvert à tous.
À Saint-Pierre, le skatepark SPØ n’est pas qu’un lieu pour rouler, il est une promesse. Reste à la tenir, pour toute l’île.
