Argent européen : le scandale ID rattrapera-t-il Werbrouk ?
Le Monde a levé le voile sur un nouveau scandale qui pourrait fragiliser durablement le Rassemblement national et ses alliés européens. Le groupe Identité et Démocratie (ID), auquel le RN a appartenu entre 2019 et 2024, est soupçonné d’avoir détourné au moins 4,3 millions d’euros de fonds européens, par le biais d’appels d’offres opaques, de dons interdits et de contrats attribués à des structures proches du parti.
Ces fonds, destinés à faire fonctionner le groupe parlementaire dans l’exercice de ses missions, auraient irrigué un réseau associatif et militant parallèle, au bénéfice de l’extrême droite européenne. L’affaire rappelle celle des assistants parlementaires fictifs, qui avait déjà coûté cher au RN en France.
Werbrouk, une nouvelle élue déjà sous le feu des contradictions
Séverine Werbrouk, élue députée européenne RN en juin 2024, siège depuis septembre à Strasbourg dans le nouveau groupe Patriotes pour l’Europe, héritier direct d’ID.
Présentée comme un visage de renouveau et d’ancrage territorial, Werbrouk siège à la commission Emploi et Affaires sociales, et intervient sur des sujets concrets tels que la précarité et l’emploi des jeunes.
Mais derrière cette façade institutionnelle, Werbrouk accumule déjà les contradictions et les omissions déclaratives.
MPC et les omissions salariales
Durant sa campagne et après son élection, Werbrouk a travaillé pour MPC, une société proche de l’appareil RN, spécialisée dans la communication militante et politique.
Elle n’a pas déclaré ces revenus dans ses premières déclarations d’intérêts au Parlement européen, se conformant uniquement après deux rectifications successives en mai et juin 2025, lorsque la presse et l’administration parlementaire ont soulevé l’incohérence.
Elle a parlé d’un « oubli administratif ». Mais pour une élue qui affirme défendre la probité et la protection de l’argent public, cette omission interroge sur sa compréhension des exigences de transparence liées à son mandat.

Les Nuits arméniennes sur l’île d’Oléron : une semaine de culture pour éclairer un siècle de fractures caucasiennes
Du 24 au 29 novembre, l’île d’Oléron accueille Les Nuits arméniennes, un festival intercommunal qui traverse les salles, les places et les cuisines de l’île. Mais derrière les instruments, les voix et la chaleur des buffets, une histoire plus profonde affleure : celle du premier génocide du XXᵉ siècle, celui de 1915, toujours nié par la Turquie ; celle du Haut-Karabakh, vidé de ses habitants arméniens en 2023 ; celle d’un peuple qui, depuis plus d’un siècle, se trouve aux avant-postes des fractures impériales du Proche-Orient et du Caucase.
À Oléron, ces nuits sont une invitation à comprendre – et à ne pas laisser les oubliés du monde disparaître une seconde fois.

Oléron : deux arrêtés préfectoraux en 24h — quand Moscou impose son tempo
Hier, L’Obs Ø révélait l’existence du premier arrêté préfectoral limitant l’interdiction de manifester à 10h–12h. Aujourd’hui, nous publions une information nouvelle : un second arrêté, signé seulement vingt-quatre heures plus tard, élargit brusquement ce même dispositif jusqu’à 17h. Une incohérence administrative qui en dit long sur la stratégie russe — et sur la position inconfortable dans laquelle la préfecture s’est retrouvée.

Manifestation pro-Ukraine tenue à distance : quand une initiative locale ouvre un boulevard à Moscou
La préfecture assure que la manifestation pro-Ukraine n’a pas été interdite : elle a simplement été déplacée hors d’un périmètre restreint autour du cimetière. Le maire confirme avoir autorisé la mobilisation et refusé de fermer le site. Pourtant, ce 24 novembre, un simple déplacement diplomatique, né d’une initiative individuelle, a suffi à mettre en tension l’État, les élus et une partie de la population. Une scène locale qui, par contraste, pourrait parfaitement servir la narration russe.
Pourquoi Werbrouk est-elle concernée par le scandale ID ?
L’affaire des 4,3 millions d’euros de détournements présumés vise avant tout la période 2019–2024, où Werbrouk n’était pas députée.
Mais plusieurs éléments justifient que son nom soit désormais mentionné dans les investigations :
- Elle siège dans le groupe Patriotes pour l’Europe, qui est la continuité structurelle et politique du groupe ID aujourd’hui visé.
- Elle a travaillé pour MPC, qui pourrait apparaître dans le circuit des bénéficiaires indirects de ces détournements si des prestations de communication ont été financées via des fonds européens, sans appel d’offres conforme.
- Son compagnon, Pascal Markowsky, député RN à l’Assemblée nationale, a déjà été épinglé pour des omissions similaires dans ses déclarations d’intérêts, alimentant l’image d’un couple politique adepte de l’omission et de l’opacité.
Un risque politique pour le RN
Ce dossier tombe mal pour le RN, qui tente de s’installer dans les territoires en affirmant défendre l’exemplarité et l’ordre budgétaire. Sur Oléron comme ailleurs, les électeurs sont en droit de s’interroger : comment un parti qui dénonce le “gaspillage” européen peut-il tolérer ces pratiques dans ses rangs ?
Le risque est double :
Sur le plan judiciaire, si des structures comme MPC ont bénéficié de financements irréguliers, Werbrouk pourrait être entendue comme témoin dans une enquête européenne.
Sur le plan politique, cette affaire ternit son image de renouveau, la plaçant déjà dans le sillage d’un système qu’elle prétend combattre.
Pourquoi cela nous concerne tous
- Parce que l’argent détourné est celui des contribuables européens, donc le nôtre.
- Parce que ces fonds doivent financer le travail démocratique au Parlement, pas l’appareil militant de partis politiques.
- Parce que l’exigence de probité est une condition pour la confiance dans les institutions, locales comme européennes.
Pour Werbrouk, le scandale ID est un premier test : celui de sa capacité à clarifier ses liens financiers passés, à prouver qu’elle n’a pas bénéficié, même indirectement, de ce système, et à se positionner clairement sur les pratiques internes du groupe qu’elle a rejoint.
À Strasbourg comme sur Oléron, le RN promet de défendre le contribuable, mais cette affaire montre combien la parole politique doit s’accompagner de pratiques irréprochables.
