Oléron : avant l’AG des résidents secondaires, radiographie d’un privilège discret
Avec 3,2 millions de résidences secondaires, la France détient un record mondial. Aucun autre pays n’abrite autant de logements occupés de manière ponctuelle, souvent pour les vacances. Cette spécificité française est révélatrice d’un modèle patrimonial concentré : plus on monte dans l’échelle des revenus, plus la probabilité de posséder un deuxième logement augmente.
À l’échelle nationale, 34 % des résidences secondaires sont détenues par les 10 % des ménages les plus riches. À l’inverse, seuls 3 % de ces biens sont possédés par les 10 % les plus modestes. Ce fossé économique s’accompagne d’un marqueur générationnel : les propriétaires de résidences secondaires sont en majorité des retraités ou des préretraités, souvent âgés de 65 ans ou plus, disposant d’un patrimoine déjà constitué, accumulé ou transmis. En France, la résidence secondaire est devenue le symbole d’un capital immobilier réservé à une élite vieillissante.
Oléron : territoire saturé de résidences secondaires
Sur l’île d’Oléron, cette dynamique est poussée à l’extrême. Alors que la moyenne nationale tourne autour de 10 % de résidences secondaires, Oléron affiche un taux six fois supérieur : 61,9 % des logements de l’île sont des résidences secondaires.
Cela signifie qu’à l’année, une grande partie des habitations restent vides, transformant certains villages en stations fantômes hors saison. Des communes comme La Brée-les-Bains ou Saint-Denis-d’Oléron voient plus de 65 % de leurs logements inoccupés l’hiver.
Pendant ce temps, les 22 255 habitants permanents de l’île vivent à l’année dans une économie locale fragilisée. Leur revenu médian est de 22 850 € par an, bien en dessous de celui des propriétaires secondaires, dont la plupart disposent de revenus supérieurs à 30 000 € par an, sans compter les revenus issus du patrimoine.
Les jeunes actifs, notamment ceux travaillant dans les secteurs saisonniers – hôtellerie, restauration, services – peinent à se loger. La flambée des prix de l’immobilier, nourrie par la pression des achats extérieurs, rend l’accession à la propriété pratiquement inaccessible pour les Oléronais. Le marché locatif, quant à lui, est saturé par les locations touristiques.
Les revendications des résidents secondaires
Dans ce contexte, l’association Oléron Résidents Secondaires (ORS) organise ce mardi 22 juillet à 18h son assemblée générale annuelle, à la salle de l’Escale de Saint-Denis-d’Oléron. Parmi les sujets à l’ordre du jour : la contestation de la fiscalité locale, jugée discriminatoire.
Depuis 2024, toutes les communes de l’île d’Oléron appliquent une surtaxe de taxe d’habitation sur les résidences secondaires, à hauteur de 30 %. À Saint-Trojan-les-Bains, la surtaxe atteint même 50 %, un des taux les plus élevés de Charente-Maritime.
Les membres de l’ORS dénoncent aussi la redevance des ordures ménagères (REOM), qu’ils paient à l’année, même lorsqu’ils n’occupent leur maison que quelques semaines. Enfin, ils s’inquiètent d’un possible retour du péage sur le pont d’Oléron, sous la forme d’une “écotaxe” envisagée par la Communauté de communes dans le cadre de discussions avec l’île de Ré et Noirmoutier.

Les Nuits arméniennes sur l’île d’Oléron : une semaine de culture pour éclairer un siècle de fractures caucasiennes
Du 24 au 29 novembre, l’île d’Oléron accueille Les Nuits arméniennes, un festival intercommunal qui traverse les salles, les places et les cuisines de l’île. Mais derrière les instruments, les voix et la chaleur des buffets, une histoire plus profonde affleure : celle du premier génocide du XXᵉ siècle, celui de 1915, toujours nié par la Turquie ; celle du Haut-Karabakh, vidé de ses habitants arméniens en 2023 ; celle d’un peuple qui, depuis plus d’un siècle, se trouve aux avant-postes des fractures impériales du Proche-Orient et du Caucase.
À Oléron, ces nuits sont une invitation à comprendre – et à ne pas laisser les oubliés du monde disparaître une seconde fois.

Oléron : deux arrêtés préfectoraux en 24h — quand Moscou impose son tempo
Hier, L’Obs Ø révélait l’existence du premier arrêté préfectoral limitant l’interdiction de manifester à 10h–12h. Aujourd’hui, nous publions une information nouvelle : un second arrêté, signé seulement vingt-quatre heures plus tard, élargit brusquement ce même dispositif jusqu’à 17h. Une incohérence administrative qui en dit long sur la stratégie russe — et sur la position inconfortable dans laquelle la préfecture s’est retrouvée.

Manifestation pro-Ukraine tenue à distance : quand une initiative locale ouvre un boulevard à Moscou
La préfecture assure que la manifestation pro-Ukraine n’a pas été interdite : elle a simplement été déplacée hors d’un périmètre restreint autour du cimetière. Le maire confirme avoir autorisé la mobilisation et refusé de fermer le site. Pourtant, ce 24 novembre, un simple déplacement diplomatique, né d’une initiative individuelle, a suffi à mettre en tension l’État, les élus et une partie de la population. Une scène locale qui, par contraste, pourrait parfaitement servir la narration russe.
Injustice fiscale ou rééquilibrage nécessaire ?
Pour les résidents secondaires, ces mesures sont perçues comme un acharnement fiscal. Mais si l’on s’en tient aux données socio-économiques, la situation mérite d’être analysée autrement.
Les propriétaires de résidences secondaires sur l’île d’Oléron sont, dans leur immense majorité, des ménages aisés ou très aisés, disposant déjà d’un patrimoine conséquent. Leur présence, bien qu’elle contribue à l’économie estivale, accentue une fracture sociale locale : en transformant massivement le parc immobilier en résidences secondaires, ils participent à l’éviction des populations locales du marché du logement.
En parallèle, les infrastructures de l’île – routes, réseaux, services publics – doivent être entretenues et dimensionnées pour faire face à l’afflux estival, alors même que ces infrastructures sont sous-utilisées l’hiver. Les coûts, eux, restent constants ou augmentent.
Le débat porte donc moins sur un impôt « injuste » que sur une question de solidarité territoriale : qui doit payer quoi, dans un espace où les plus riches occupent le foncier pour quelques semaines par an, et les plus modestes tentent de survivre à l’année ?
Un modèle à repenser
Le choix auquel est confrontée l’île d’Oléron est clair :
- Doit-elle devenir un territoire de villégiature à la carte, au risque d’abandonner ses habitants permanents à la précarité ?
- Ou doit-elle instaurer un modèle plus équitable, où les résidents secondaires participent pleinement aux charges du territoire qu’ils occupent, même partiellement ?
Ce mardi 22 juillet, à Saint-Denis-d’Oléron, l’assemblée générale de l’ORS permettra d’entendre la voix des propriétaires secondaires.
Reste à savoir si ce dialogue intégrera aussi les réalités sociales des habitants permanents. Sinon, le risque est grand de transformer l’île en carte postale fermée, un territoire de riches pour les riches, où les locaux n’auront plus qu’à servir avant de partir.
