Loi Duplomb : l’île d’Oléron sous le vent d’une dérégulation agricole ?
Votée le 8 juillet 2025 à l’Assemblée nationale, la loi Duplomb modifie en profondeur le cadre agricole français. Sur l’île d’Oléron, territoire insulaire fragile, cette loi interroge : quel avenir pour un écosystème où maraîchage, ostréiculture et tourisme cohabitent avec un environnement sous tension ?
Un texte national, un impact local
Le 8 juillet, à Paris, l’Assemblée nationale a tranché : 316 voix pour, 223 contre, 25 abstentions. La loi dite Duplomb, « visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur », a été définitivement adoptée.
Les mesures sont connues :
- La réintroduction dérogatoire de certains néonicotinoïdes, ces pesticides neurotoxiques pour les abeilles, jusque-là bannis depuis 2018.
- La fin de la séparation entre conseil et vente de phytosanitaires : les coopératives pourront désormais vendre et conseiller l’utilisation des pesticides.
- La simplification des procédures pour les bassines agricoles : les projets de stockage d’eau seront facilités, avec un relèvement des seuils d’autorisation environnementale.
- La réduction des contrôles de l’Office Français de la Biodiversité (OFB), ce qui allège la surveillance des pratiques agricoles sur les territoires sensibles.
Oléron : une île concernée au premier chef
Sur l’île d’Oléron, les chiffres donnent le ton d’un territoire agricole singulier :
- 270 exploitations agricoles recensées (données CdC 2024),
- Une agriculture tournée vers le maraîchage, la viticulture, la saliculture et l’ostréiculture,
- Des zones Natura 2000 couvrant marais, estran et forêts littorales,
- Un territoire dépendant de la qualité de ses eaux, contrôlée régulièrement par l’IFREMER pour l’ostréiculture.
Dans ce contexte, la loi Duplomb ne s’applique pas dans un vide. Elle touche un territoire sous contrainte écologique, où la moindre dérive chimique peut affecter l’équilibre global : des champs aux huîtres, des marais aux dunes.

Les Nuits arméniennes sur l’île d’Oléron : une semaine de culture pour éclairer un siècle de fractures caucasiennes
Du 24 au 29 novembre, l’île d’Oléron accueille Les Nuits arméniennes, un festival intercommunal qui traverse les salles, les places et les cuisines de l’île. Mais derrière les instruments, les voix et la chaleur des buffets, une histoire plus profonde affleure : celle du premier génocide du XXᵉ siècle, celui de 1915, toujours nié par la Turquie ; celle du Haut-Karabakh, vidé de ses habitants arméniens en 2023 ; celle d’un peuple qui, depuis plus d’un siècle, se trouve aux avant-postes des fractures impériales du Proche-Orient et du Caucase.
À Oléron, ces nuits sont une invitation à comprendre – et à ne pas laisser les oubliés du monde disparaître une seconde fois.

Oléron : deux arrêtés préfectoraux en 24h — quand Moscou impose son tempo
Hier, L’Obs Ø révélait l’existence du premier arrêté préfectoral limitant l’interdiction de manifester à 10h–12h. Aujourd’hui, nous publions une information nouvelle : un second arrêté, signé seulement vingt-quatre heures plus tard, élargit brusquement ce même dispositif jusqu’à 17h. Une incohérence administrative qui en dit long sur la stratégie russe — et sur la position inconfortable dans laquelle la préfecture s’est retrouvée.

Manifestation pro-Ukraine tenue à distance : quand une initiative locale ouvre un boulevard à Moscou
La préfecture assure que la manifestation pro-Ukraine n’a pas été interdite : elle a simplement été déplacée hors d’un périmètre restreint autour du cimetière. Le maire confirme avoir autorisé la mobilisation et refusé de fermer le site. Pourtant, ce 24 novembre, un simple déplacement diplomatique, né d’une initiative individuelle, a suffi à mettre en tension l’État, les élus et une partie de la population. Une scène locale qui, par contraste, pourrait parfaitement servir la narration russe.
Pesticides : retour d’une menace bien connue
Les néonicotinoïdes, insecticides systémiques, sont identifiés par plusieurs études scientifiques comme des agents de déclin massif des pollinisateurs (ANSES, EFSA). Sur Oléron, la filière apicole reste modeste mais essentielle pour le maraîchage local et la biodiversité.
La loi prévoit la possibilité d’utiliser ces substances en cas de « danger sanitaire grave ». Un retour encadré mais qui suscite des craintes : sur une île où la biodiversité est déjà sous pression, chaque molécule supplémentaire s’inscrit dans un cycle court : les vents, les sols sableux et les eaux de ruissellement accélèrent la diffusion des produits chimiques.
Bassines : un débat relancé
Jusqu’ici, l’île d’Oléron avait échappé au phénomène des mégabassines. Mais la loi Duplomb change la donne : elle simplifie les démarches pour les réserves agricoles d’eau, en réduisant les évaluations environnementales obligatoires.
Pour un territoire insulaire, où l’eau douce est rare, cette perspective interroge. La ressource est limitée, les nappes sont surveillées, et les marais sont des zones tampons. Si des bassines venaient à être construites, cela modifierait durablement la gestion hydraulique de l’île.
Ostréiculture : une filière en première ligne
Oléron vit aussi de ses huîtres. Les eaux du bassin Marennes-Oléron sont parmi les plus surveillées de France. L’usage accru de phytosanitaires en amont, sur les terres agricoles, pourrait avoir des répercussions sur les zones conchylicoles.
Le lien entre pesticides et qualité des huîtres n’est plus à démontrer : l’IFREMER suit régulièrement les résidus dans les coquillages. Une pollution chimique, même diffuse, entraînerait des fermetures de zones de production, avec des conséquences économiques directes pour les ostréiculteurs oléronais.
Une île sous vigilance démocratique
La loi Duplomb a déclenché une mobilisation sans précédent : plus d’un million de signatures en dix jours sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale. Ce seuil oblige à un débat parlementaire à l’automne, même si le texte est déjà promulgué.
Sur Oléron, les collectifs locaux (NEMO, FNE 17, Amis de la Terre) restent en veille. Pour l’heure, aucune action locale n’a été annoncée, mais la pression citoyenne pourrait ressurgir dès la rentrée.
Le Conseil constitutionnel a été saisi le 11 juillet 2025 par des parlementaires écologistes et socialistes. Sa décision est attendue pour la fin de l’été.
Entre productivisme et préservation : un choix d’avenir
L’île d’Oléron se trouve face à une question centrale : peut-elle adopter un modèle agricole productiviste dans un territoire aussi fragile ? La loi Duplomb, pensée pour simplifier la vie des exploitants, risque de percuter de plein fouet l’équilibre écologique local.
L’automne 2025 s’annonce décisif : entre décisions juridiques, débats citoyens et mises en application concrètes, l’île devra choisir quelle agriculture, et quel environnement, elle veut pour demain.
Sources : Assemblée nationale, CdC Île d’Oléron, IFREMER, DREAL Nouvelle-Aquitaine, Reporterre, Le Monde, LCP, pétition i-3014.
