L’île d’Oléron fait plier Leboncoin : une victoire insulaire face à l’économie numérique
Après Airbnb, la plateforme Leboncoin a été condamnée à verser 410 000 euros à la Communauté de communes de l’île d’Oléron pour non-versement de la taxe de séjour. Une décision inédite, obtenue par une collectivité insulaire qui transforme les rouages de la fiscalité touristique en levier de souveraineté locale.
Sur Oléron, les saisons impriment leur rythme. L’été pousse les murs, l’hiver les replie. Mais une chose demeure : les charges de l’île ne partent jamais en vacances.
Et c’est bien ce que rappelle, avec la force tranquille du droit, la décision rendue le 29 juillet par le tribunal judiciaire de La Rochelle. 410 000 euros. C’est ce que devra verser Leboncoin à la Communauté de communes de l’île d’Oléron (CdCIO), pour n’avoir pas collecté — ni reversé — la taxe de séjour sur 384 séjours touristiques, entre 2020 et 2022. Une somme symbolique et politique, car elle inscrit la CdCIO dans une trajectoire rare : celle d’un territoire qui, en justice, fait plier les plateformes.
La condamnation n’a rien d’un épiphénomène. Elle suit celle, plus spectaculaire encore, infligée à Airbnb en mai 2025 : 8,6 millions d’euros pour des faits similaires. Et elle précède un procès annoncé contre Booking.com, programmé pour l’automne. Ce n’est donc plus une suite de coïncidences, mais une stratégie cohérente de reconquête fiscale, initiée et portée avec constance depuis le cœur administratif de Saint-Pierre-d’Oléron.
Face aux arguments de Leboncoin, le tribunal n’a pas tremblé. L’entreprise plaidait le droit à l’erreur. Mais le refus de transmettre les fichiers de réservations — pourtant nécessaires pour appliquer la taxation dite « au réel » — a fini de convaincre le juge : il ne s’agissait pas d’ignorance, mais d’obstruction. Dès lors, la loi, appliquée dans toute sa rigueur, a tranché.
Cette rigueur, les élus oléronais la revendiquent. Non pour punir, mais pour corriger un déséquilibre devenu structurel. Depuis 2018, la législation impose aux plateformes la collecte automatique de la taxe de séjour. Mais entre les textes et la réalité, il y a les interstices de la non-coopération, les zones grises, les fichiers jamais fournis. Oléron a choisi de ne plus les tolérer.

Les Nuits arméniennes sur l’île d’Oléron : une semaine de culture pour éclairer un siècle de fractures caucasiennes
Du 24 au 29 novembre, l’île d’Oléron accueille Les Nuits arméniennes, un festival intercommunal qui traverse les salles, les places et les cuisines de l’île. Mais derrière les instruments, les voix et la chaleur des buffets, une histoire plus profonde affleure : celle du premier génocide du XXᵉ siècle, celui de 1915, toujours nié par la Turquie ; celle du Haut-Karabakh, vidé de ses habitants arméniens en 2023 ; celle d’un peuple qui, depuis plus d’un siècle, se trouve aux avant-postes des fractures impériales du Proche-Orient et du Caucase.
À Oléron, ces nuits sont une invitation à comprendre – et à ne pas laisser les oubliés du monde disparaître une seconde fois.

Oléron : deux arrêtés préfectoraux en 24h — quand Moscou impose son tempo
Hier, L’Obs Ø révélait l’existence du premier arrêté préfectoral limitant l’interdiction de manifester à 10h–12h. Aujourd’hui, nous publions une information nouvelle : un second arrêté, signé seulement vingt-quatre heures plus tard, élargit brusquement ce même dispositif jusqu’à 17h. Une incohérence administrative qui en dit long sur la stratégie russe — et sur la position inconfortable dans laquelle la préfecture s’est retrouvée.

Manifestation pro-Ukraine tenue à distance : quand une initiative locale ouvre un boulevard à Moscou
La préfecture assure que la manifestation pro-Ukraine n’a pas été interdite : elle a simplement été déplacée hors d’un périmètre restreint autour du cimetière. Le maire confirme avoir autorisé la mobilisation et refusé de fermer le site. Pourtant, ce 24 novembre, un simple déplacement diplomatique, né d’une initiative individuelle, a suffi à mettre en tension l’État, les élus et une partie de la population. Une scène locale qui, par contraste, pourrait parfaitement servir la narration russe.
Car sur cette île de 22 000 habitants permanents — qui en accueille dix fois plus en plein été — chaque euro compte. La taxe de séjour représente près de 10 % du budget de la CdCIO. Elle finance l’entretien des pistes cyclables, les services de mobilité douce, les offices de tourisme, la propreté des plages, la sécurité estivale. En d’autres termes, elle permet de rendre soutenable une saison qui, sinon, épuise les structures locales.
Ce combat fiscal n’est pas qu’un bras de fer entre public et privé. Il est le reflet d’une vision politique assumée : défendre un tourisme qui bénéficie au territoire, et non qui l’épuise. À Oléron, cette vision s’est traduite par des mesures concrètes : plafonnement des meublés de tourisme à Dolus, soutien à l’habitat permanent, fonds de concours pour la renaturation des écoles, encadrement du foncier, coopérations inter-insulaires avec Ré et Noirmoutier.
Oléron n’est pas anti-tourisme. Elle est anti-dérèglement. Elle défend le principe selon lequel nul acteur, aussi massif soit-il, ne peut opérer durablement dans un territoire sans participer à son financement.
L’avocat de la collectivité, Me Jonathan Belaiche, parle d’un signal national. Il a raison. Car si une île parvient à faire respecter la loi face aux géants de l’économie numérique, pourquoi pas les autres ? Pourquoi pas Biarritz, Dinard, La Baule, ou Saint-Raphaël ? Ce précédent, désormais établi, ouvre une brèche juridique, mais surtout une brèche civique : celle où les communes ne plient plus, et où la République reprend forme, à l’échelle du local.
