Municipales 2026 : Michel Parent face au lobbying des résidences secondaires
En appelant à un “juste équilibre” entre habitants permanents et résidents secondaires dans son éditorial d’août 2025, Michel Parent, président de la Communauté de communes, ne fait pas qu’évoquer la saison estivale. À l’approche des municipales, ses mots résonnent comme une réponse implicite aux revendications portées par l’association Oléron Résidences Secondaires (ORS).
Un édito d’été… déjà électoral
À première lecture, l’édito de Michel Parent dans le Vent Portant semble pédagogique : il rappelle la pression touristique de l’été (300 000 personnes au pic d’août pour 22 890 habitants permanents) et insiste sur la nécessité de trouver un équilibre. Mais en mettant en avant la contribution “économique et associative” des résidents secondaires, il adresse en réalité un signal politique clair : la CdC reconnaît leur poids croissant.
Ce choix de vocabulaire n’est pas anodin. Il intervient trois semaines seulement après l’assemblée générale d’ORS, qui a réuni près de 200 participants à Saint-Denis-d’Oléron.
L’ORS, de la fiscalité au politique
Lors de cette AG, les résidents secondaires ont affiché leur volonté de peser : contestation de la redevance incitative sur les ordures ménagères, rejet de la surtaxe d’habitation à Saint-Denis, critiques adressées directement à Michel Parent. Mais le débat a surtout révélé une tentation nouvelle : l’inscription sur les listes électorales locales pour influencer les municipales de mars 2026.
Un intervenant, lucide, l’a résumé :
« On peut nous écouter poliment, mais les élus ne nous écoutent pas parce qu’ils savent que la majorité d’entre nous ne votent pas ici. »
Dès lors, la stratégie est posée : transformer un poids fiscal et patrimonial en pouvoir politique.

Les Nuits arméniennes sur l’île d’Oléron : une semaine de culture pour éclairer un siècle de fractures caucasiennes
Du 24 au 29 novembre, l’île d’Oléron accueille Les Nuits arméniennes, un festival intercommunal qui traverse les salles, les places et les cuisines de l’île. Mais derrière les instruments, les voix et la chaleur des buffets, une histoire plus profonde affleure : celle du premier génocide du XXᵉ siècle, celui de 1915, toujours nié par la Turquie ; celle du Haut-Karabakh, vidé de ses habitants arméniens en 2023 ; celle d’un peuple qui, depuis plus d’un siècle, se trouve aux avant-postes des fractures impériales du Proche-Orient et du Caucase.
À Oléron, ces nuits sont une invitation à comprendre – et à ne pas laisser les oubliés du monde disparaître une seconde fois.

Oléron : deux arrêtés préfectoraux en 24h — quand Moscou impose son tempo
Hier, L’Obs Ø révélait l’existence du premier arrêté préfectoral limitant l’interdiction de manifester à 10h–12h. Aujourd’hui, nous publions une information nouvelle : un second arrêté, signé seulement vingt-quatre heures plus tard, élargit brusquement ce même dispositif jusqu’à 17h. Une incohérence administrative qui en dit long sur la stratégie russe — et sur la position inconfortable dans laquelle la préfecture s’est retrouvée.

Manifestation pro-Ukraine tenue à distance : quand une initiative locale ouvre un boulevard à Moscou
La préfecture assure que la manifestation pro-Ukraine n’a pas été interdite : elle a simplement été déplacée hors d’un périmètre restreint autour du cimetière. Le maire confirme avoir autorisé la mobilisation et refusé de fermer le site. Pourtant, ce 24 novembre, un simple déplacement diplomatique, né d’une initiative individuelle, a suffi à mettre en tension l’État, les élus et une partie de la population. Une scène locale qui, par contraste, pourrait parfaitement servir la narration russe.
Deux îles qui s’ignorent
Les chiffres rappellent l’ampleur du décalage : 61,9 % des logements de l’île sont des résidences secondaires, soit près de 20 000 habitations, parfois plus de 70 % à La Brée ou Saint-Trojan. À l’inverse, le parc de logements sociaux plafonne à 578 unités seulement sur l’ensemble du territoire, malgré 641 demandes enregistrées pour 35 attributions en 2023.
Cette dissymétrie structurelle illustre une île fragmentée : d’un côté une population socialement favorisée, propriétaire, souvent retraitée, fiscalement optimisée ; de l’autre, les 22 255 résidents permanents (2021), confrontés à un marché du logement saturé, à la flambée des prix (≈ 3 800 €/m²), à l’emploi saisonnier précaire et au risque d’exclusion résidentielle.
La stratégie Parent : contenir sans rompre
C’est dans ce contexte que l’édito de Michel Parent prend tout son sens. En appelant à un “équilibre”, il cherche à contenir le lobbying de l’ORS tout en ne rompant pas le dialogue. Il sait que, même sans droit de vote massif, les résidents secondaires disposent d’une force de frappe associative et médiatique. Les ignorer reviendrait à s’exposer à une campagne de contestation, les reconnaître, c’est risquer de froisser les habitants permanents.
Son édito adopte donc une ligne de crête : rappeler que le tourisme et les résidences secondaires “profitent à l’île” tout en évitant d’entrer dans les détails explosifs du logement, de la fiscalité ou de l’accès aux services publics.
Une démocratie insulaire sous tension
En filigrane, l’enjeu est celui de la démocratie. Qui décide de l’avenir d’Oléron ? Ceux qui y vivent au quotidien, confrontés à l’isolement hivernal et à la crise du logement, ou ceux qui y séjournent mais possèdent l’essentiel du patrimoine bâti ?
L’édito de Michel Parent, loin d’être un simple mot de saison, esquisse déjà une réponse politique : la CdC veut apparaître comme le garant de l’équilibre, mais se retrouve contrainte d’arbitrer une fracture sociale qui s’élargit.
En résumé
L’édito du président de la CdC doit se lire à la lumière du lobbying de l’ORS. Ce qui se joue, à l’orée des municipales de 2026, dépasse la gestion estivale : c’est la définition même de la citoyenneté insulaire. Entre habitants permanents et résidents secondaires, Oléron s’avance vers un scrutin où la démocratie locale risque de se redessiner au prisme de la propriété et du pouvoir d’influence.
Crédit Photo : ©Pierre Morel
