Manifestation pro-Ukraine tenue à distance : quand une initiative locale ouvre un boulevard à Moscou
La préfecture assure que la manifestation pro-Ukraine n’a pas été interdite : elle a simplement été déplacée hors d’un périmètre restreint autour du cimetière. Le maire confirme avoir autorisé la mobilisation et refusé de fermer le site. Pourtant, ce 24 novembre, un simple déplacement diplomatique, né d’une initiative individuelle, a suffi à mettre en tension l’État, les élus et une partie de la population. Une scène locale qui, par contraste, pourrait parfaitement servir la narration russe.
Ce que disent les faits : la manifestation était autorisée
La préfecture a répondu clairement à L’Obs Ø :
aucun rassemblement n’était interdit,
seul le périmètre immédiat du cimetière était inaccessible entre 10 h et 12 h,
la restriction répondait à l’obligation légale de protéger un diplomate,
le tribunal administratif a confirmé que l’arrêté était proportionné.
Le maire de Saint-Pierre, Christophe Sueur :
a autorisé la manifestation,
a refusé de fermer le cimetière, considérant qu’il devait rester accessible aux familles,
s’étonne d’une visite « à l’initiative d’une seule personne ».
Sur le plan administratif, tout est clair.
Et tout est cohérent.
Une visite qui ne vient pas de l’État, mais d’une initiative privée
Cela, la préfecture le confirme également : la venue de l’ambassadeur russe a été provoquée par un particulier, et non par le ministère des Affaires étrangères.
Cette précision change tout.
Un geste individuel — écrire à l’ambassade pour signaler des tombes soviétiques — a suffi à déclencher : la venue d’un diplomate d’une puissance belligérante, la mise en place d’un dispositif de sécurité, la restriction temporaire d’une mobilisation citoyenne, et un malaise réel pour les familles ukrainiennes vivant désormais ici.
Ce matin, on pouvait apercevoir des drapeaux pliés dans les bras, quelques fleurs bleu et jaune tenues à distance.
Des signes discrets, mais lourds de sens.
Ils rappelaient que, sur l’île, la guerre n’est pas un concept abstrait.

Les Nuits arméniennes sur l’île d’Oléron : une semaine de culture pour éclairer un siècle de fractures caucasiennes
Du 24 au 29 novembre, l’île d’Oléron accueille Les Nuits arméniennes, un festival intercommunal qui traverse les salles, les places et les cuisines de l’île. Mais derrière les instruments, les voix et la chaleur des buffets, une histoire plus profonde affleure : celle du premier génocide du XXᵉ siècle, celui de 1915, toujours nié par la Turquie ; celle du Haut-Karabakh, vidé de ses habitants arméniens en 2023 ; celle d’un peuple qui, depuis plus d’un siècle, se trouve aux avant-postes des fractures impériales du Proche-Orient et du Caucase.
À Oléron, ces nuits sont une invitation à comprendre – et à ne pas laisser les oubliés du monde disparaître une seconde fois.

Oléron : deux arrêtés préfectoraux en 24h — quand Moscou impose son tempo
Hier, L’Obs Ø révélait l’existence du premier arrêté préfectoral limitant l’interdiction de manifester à 10h–12h. Aujourd’hui, nous publions une information nouvelle : un second arrêté, signé seulement vingt-quatre heures plus tard, élargit brusquement ce même dispositif jusqu’à 17h. Une incohérence administrative qui en dit long sur la stratégie russe — et sur la position inconfortable dans laquelle la préfecture s’est retrouvée.

Manifestation pro-Ukraine tenue à distance : quand une initiative locale ouvre un boulevard à Moscou
La préfecture assure que la manifestation pro-Ukraine n’a pas été interdite : elle a simplement été déplacée hors d’un périmètre restreint autour du cimetière. Le maire confirme avoir autorisé la mobilisation et refusé de fermer le site. Pourtant, ce 24 novembre, un simple déplacement diplomatique, né d’une initiative individuelle, a suffi à mettre en tension l’État, les élus et une partie de la population. Une scène locale qui, par contraste, pourrait parfaitement servir la narration russe.
Pourquoi cette séquence est vulnérable à une récupération russe
Sur le terrain, les choses ont été gérées selon le droit. Mais sur le terrain symbolique, la scène est plus fragile.
Moscou peut y trouver un récit valorisant un ambassadeur protégé et respecté en France,
même en pleine guerre. Des contestataires tenus à distance, même si cela relève simplement du périmètre légal. Une normalité diplomatique affichée, alors que la Russie cherche à prouver qu’elle n’est pas isolée.
Et une présence ukrainienne visible mais contrainte, ce qui peut être retourné contre les alliés occidentaux.
Il ne s’agit pas de dire que ce récit correspond à la réalité.
Il s’agit de constater que la Russie sait transformer un contraste — même involontaire — en argument idéologique.
Le déséquilibre français : deux obligations en tension
La scène de ce matin a révélé un dilemme français que les institutions locales ne peuvent résoudre seules :
Protéger un diplomate, parce que c’est une obligation internationale.
Protéger l’expression de la solidarité envers l’Ukraine, parce que c’est un engagement politique et moral.
Entre ces deux lignes, une marge étroite.
Trop étroite pour éviter l’incompréhension, notamment pour ceux qui vivent ici après avoir fui les bombardements.
L’État n’a pas choisi la visite. La mairie n’a pas choisi la visite. Les Ukrainiens n’ont pas choisi d’être éloignés. Mais la Russie, elle, peut choisir comment raconter cette scène. Et elle ne s’en privera certainement pas.
Une île tranquille, un écho global
Ce qui s’est passé à Saint-Pierre-d’Oléron n’est pas un scandale administratif. Ce n’est pas une faute politique. C’est un révélateur.
Il montre comment une initiative locale, même naïve, peut mobiliser l’État, mettre en porte-à-faux les élus, perturber les habitants les plus directement touchés par la guerre, et offrir, à 3 000 km de là, un matériau narratif à une puissance engagée dans un conflit total.
Ces fleurs bleu et jaune posées à l’écart rappellent que l’Histoire, elle, ne reste jamais à distance.
Précision de l’Observateur Øléronais
Une clarification s’impose concernant un incident survenu ce matin devant le cimetière de Saint-Pierre-d’Oléron.
Alors que les familles ukrainiennes, plusieurs élus et de nombreux habitants se rassemblaient dans le calme, M. David Labardin s’est approché de moi et m’a interpellé de manière véhémente, en lien avec mes précédents articles où j’analysais de façon critique ses publications et celles de M. Philippe Lafont.
L’échange, initié par M. Labardin, a été tendu et inapproprié compte tenu du contexte, et a entraîné un contact physique dont je me suis immédiatement dégagé.
Je souhaite apporter deux précisions essentielles :
Cet échange était hors de propos et hors de lieu.
Il n’aurait jamais dû survenir à proximité d’un cimetière, au moment où des familles directement touchées par la guerre venaient se recueillir.
Je le regrette sincèrement pour elles.
Je ne poursuivrai pas publiquement cet incident.
Je prends acte du comportement de M. Labardin, mais je n’entends pas détourner l’attention de l’enjeu principal : la dignité des personnes présentes et la nécessité d’un débat public honnête, apaisé et transparent sur la manière dont cette visite diplomatique a été préparée et relayée.
L’Observateur Øléronais continuera d’exercer son travail d’information, sans céder aux pressions ni aux tentatives de déstabilisation, et avec le même souci d’exactitude, de responsabilité et de respect des faits.
https://www.antonilallican.com/battleofbakhmut
Pour aller plus loin — et pour ne jamais perdre de vue ce que recouvre réellement cette guerre que l’on évoque parfois à distance — L’Obs Ø invite ses lecteurs à (re)voir la série d’Antoni Lallican consacrée à la bataille de Bakhmout.
Antoni, qui fut l’un des rares photographes français à documenter ce front dans sa durée et sa brutalité, y montre ce que les discours édulcorés masquent trop souvent : des civils chassés de leurs rues, des soldats épuisés, des villes rasées jusqu’à l’os.
Son travail rappelle que la guerre d’agression russe n’est pas une abstraction diplomatique, mais une mécanique de destruction qui, chaque jour, s’abat sur des vies ukrainiennes bien réelles.
Sur Oléron, nous prononçons parfois ces mots — Ukraine, Russie, invasion — comme s’ils appartenaient à un autre monde. L’œuvre d’Antoni renverse cette illusion. Elle ramène la guerre à hauteur d’homme, avec la dignité qu’il savait offrir à celles et ceux qu’il photographiait.
Nous encourageons nos lecteurs à découvrir ou redécouvrir cette série.
Parce que comprendre le présent exige d’affronter les images que d’autres n’ont pas la chance de pouvoir oublier.
