Les Nuits arméniennes sur l’île d’Oléron : une semaine de culture pour éclairer un siècle de fractures caucasiennes

Les Nuits arméniennes sur l’île d’Oléron : une semaine de culture pour éclairer un siècle de fractures caucasiennes

Du 24 au 29 novembre, l’île d’Oléron accueille Les Nuits arméniennes, un festival intercommunal qui traverse les salles, les places et les cuisines de l’île. Mais derrière les instruments, les voix et la chaleur des buffets, une histoire plus profonde affleure : celle du premier génocide du XXᵉ siècle, celui de 1915, toujours nié par la Turquie ; celle du Haut-Karabakh, vidé de ses habitants arméniens en 2023 ; celle d’un peuple qui, depuis plus d’un siècle, se trouve aux avant-postes des fractures impériales du Proche-Orient et du Caucase.
À Oléron, ces nuits sont une invitation à comprendre – et à ne pas laisser les oubliés du monde disparaître une seconde fois.

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Une semaine arménienne qui traverse les huit communes
 
Le festival s’étend de Saint-Denis à Saint-Trojan, en passant par Le Château, Dolus, Saint-Pierre et Saint-Georges. Il mêle humour, musique, cinéma, conférence, gastronomie, polyphonies et expositions.
Une semaine où l’île se tourne vers un peuple que l’histoire n’a cessé de bousculer.
 
Programme détaillé : 
   •15 novembre – La Citadelle (Le Château-d’Oléron)
Film Les 3 Vies d’Arminé, concert intimiste (Fredo & Clarisse), buffet arménien.
   •25 novembre – Saint-Pierre, Éldorado
One-man show de Mathieu Madénian.
   •25 novembre – Dolus, La Colo
DJ set d’ouverture Velw.
   •26 novembre – Saint-Pierre, Éldorado
Conférence de Raymond Kévorkian (génocide de 1915).
Projection de Une Histoire de Fou (Guédiguian).
   •26 novembre – Dolus, La Guinalière
Concert Haïdouti Orkestar.
   •27 novembre – Saint-Georges, Salle du Chai
Récital de Svetlana Navasardyan.
   •27 novembre – Saint-Denis, L’Escale
Concert Alexis HK & Benoît Dorémus.
   •28 novembre – Saint-Trojan, Le Galion
Atelier de cuisine, apéritif, concert des Ogres de Barback, after DJ Velw.
   •29 novembre – Le Château, La Citadelle
Concert du groupe MIASiN, chants polyphoniques arméniens.
   •Toute la semaine – Le Château, Arsenal
Exposition L’Éden éphémère.
 
Un programme riche. Mais pour comprendre sa portée, il faut remonter le fil du siècle.
 
1915 : un génocide fondateur, et un déni persistant
 
La culture arménienne portée cette semaine n’est pas un folklore comme les autres : elle est la survivante d’une tentative d’effacement total.
 
Ce qui s’est passé en 1915 :
 
En avril 1915, les autorités Jeunes-Turcs de l’Empire ottoman ordonnent l’arrestation, la déportation et l’extermination systématique de la population arménienne. Entre 1,2 et 1,5 million de personnes sont tuées, affamées, violées, jetées dans le désert syrien, ou exterminées dans des convois sans retour.
Les historiens du monde entier l’ont établi : c’était un génocide, pensé, structuré, assumé dans les télégrammes militaires et les ordres administratifs.
 
Pourquoi la Turquie nie-t-elle encore ?
 
Parce que reconnaître le génocide impliquerait : une responsabilité historique directe, la possibilité légale de réparations, une remise en cause du récit fondateur de la République turque, née en 1923 sur les ruines des minorités chrétiennes disparues, et un dilemme stratégique majeur dans une région où Ankara cherche aujourd’hui à étendre son influence du Caucase au Proche-Orient.
 
La négation n’est pas un oubli. C’est une stratégie d’État.
 
C’est à ce nœud-là que la culture arménienne résiste depuis un siècle : contre le silence, contre l’effacement, contre la disparition.

Les Nuits arméniennes sur l’île d’Oléron : une semaine de culture pour éclairer un siècle de fractures caucasiennes

Du 24 au 29 novembre, l’île d’Oléron accueille Les Nuits arméniennes, un festival intercommunal qui traverse les salles, les places et les cuisines de l’île. Mais derrière les instruments, les voix et la chaleur des buffets, une histoire plus profonde affleure : celle du premier génocide du XXᵉ siècle, celui de 1915, toujours nié par la Turquie ; celle du Haut-Karabakh, vidé de ses habitants arméniens en 2023 ; celle d’un peuple qui, depuis plus d’un siècle, se trouve aux avant-postes des fractures impériales du Proche-Orient et du Caucase.
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Oléron : deux arrêtés préfectoraux en 24h — quand Moscou impose son tempo

Hier, L’Obs Ø révélait l’existence du premier arrêté préfectoral limitant l’interdiction de manifester à 10h–12h. Aujourd’hui, nous publions une information nouvelle : un second arrêté, signé seulement vingt-quatre heures plus tard, élargit brusquement ce même dispositif jusqu’à 17h. Une incohérence administrative qui en dit long sur la stratégie russe — et sur la position inconfortable dans laquelle la préfecture s’est retrouvée.

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Manifestation pro-Ukraine tenue à distance : quand une initiative locale ouvre un boulevard à Moscou

La préfecture assure que la manifestation pro-Ukraine n’a pas été interdite : elle a simplement été déplacée hors d’un périmètre restreint autour du cimetière. Le maire confirme avoir autorisé la mobilisation et refusé de fermer le site. Pourtant, ce 24 novembre, un simple déplacement diplomatique, né d’une initiative individuelle, a suffi à mettre en tension l’État, les élus et une partie de la population. Une scène locale qui, par contraste, pourrait parfaitement servir la narration russe.

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Le Haut-Karabakh : une enclave, trois guerres, une population effacée

Si les artistes des Nuits arméniennes chantent l’Arménie, ils chantent aussi une autre montagne : l’Artsakh, nom arménien du Haut-Karabakh, territoire aujourd’hui vidé de ses habitants.

Un territoire au cœur des fractures impériales

Le Haut-Karabakh, majoritairement habité par des Arméniens depuis des siècles, fut placé par Staline dans la République soviétique d’Azerbaïdjan en 1921. Quand l’URSS se délite, l’enclave réclame son droit à l’autodétermination.

Trois guerres se succèdent : 1988–1994 : les Arméniens du Karabakh gagnent leur indépendance de facto. 2020 : drones turcs, mercenaires syriens, armement israélien : l’Azerbaïdjan remporte la guerre en 44 jours. 2023 : offensive éclair, capitulation, exode. L’Azerbaïdjan à éradiquer toutes présences arméniennes sur son sol et récupère le Haut-Karabakh.

Les Arméniens se retrouvent isolés, encerclés, sans soutien. La Russie, garante du cessez-le-feu de 2020, se retire progressivement, absorbée par la guerre en Ukraine. L’Europe proteste, mais n’agit pas.

L’exode de dix jours (septembre 2023)

En une semaine, plus de 100 000 Arméniens fuient vers Erevan.
Il ne reste plus un seul habitant arménien dans la région.

Pourquoi cela résonne-t-il tant avec 1915 ?

Parce qu’un peuple qui a déjà survécu à un génocide sait reconnaître les signes de l’effacement : la coupure du corridor, les pénuries d’essence et de farine, les villages encerclés, les routes abandonnées sous la poussière, la promesse d’une “intégration pacifique” qui n’arrive jamais.

L’Artsakh n’a pas été annexé : il a été vidé.

L’Obs Ø invite ses lectrices et lecteurs à découvrir le travail de notre ami et confrère Antoni Lalican. Présent sur le terrain lors de l’exode des dix jours de septembre 2023, il en a rapporté une série photographique d’une justesse rare. Vous pouvez la consulter en suivant ce lien :

https://www.antonilallican.com/nagorno-karabakh

Une géopolitique encore brûlante, entre Ankara, Moscou et Bakou

La Turquie : le retour d’un projet impérial

Ankara soutient activement l’Azerbaïdjan dans une logique panturque : créer un corridor d’influence allant d’Istanbul à la Caspienne, puis à l’Asie centrale. La victoire de Bakou au Karabakh est une victoire turque autant qu’une victoire azérie.

La Russie : l’allié défaillant

La Russie se présente comme protectrice des Arméniens depuis le XIXᵉ siècle. Mais depuis 2022, elle a réorienté toutes ses forces vers l’Ukraine, laissant l’Artsakh tomber.
Pour Erevan, c’est une trahison historique.

L’Europe : des mots, pas d’actes

L’Union européenne dénonce l’exode, mais dépend du gaz azéri pour diversifier ses approvisionnements après la rupture avec Moscou.
Les principes s’arrêtent là où commencent les pipelines.

Ivan Aivazovsky — peintre arménien-originaire de Crimée (1817-1900)

Ce que ce festival transmet, ici, sur Oléron

Loin des frontières du Caucase, Oléron devient pour une semaine un espace où la mémoire circule librement. Ici, les voix arméniennes ne sont pas censurées, ni surveillées, ni menacées.
Cet espace culturel devient alors un espace politique – au sens noble :
celui où une communauté humaine se raconte pour ne pas disparaître. À l’heure où : la Turquie nie encore le génocide, l’Artsakh s’est vidé, les Arméniens cherchent un nouvel équilibre géopolitique,
— et où les mémoires du monde s’effacent à la vitesse des drones,

le simple fait de faire résonner un chant arménien dans une salle municipale oléronaise devient un acte de transmission.

La conclusion d’Oléron : comprendre pour ne pas effacer

La pédagogie est simple : on ne peut pas comprendre le présent du Caucase si l’on ignore 1915, et l’on ne peut pas comprendre le Haut-Karabakh si l’on ignore les logiques impériales qui s’y rejouent depuis un siècle.

Les Nuits arméniennes ne sont pas une parenthèse festive : elles sont une invitation à ouvrir les yeux sur une mémoire que l’Europe a trop souvent reléguée dans les marges de sa conscience.

Ici, entre les marais, les pistes cyclables et l’Atlantique, l’île d’Oléron fait ce que les grandes capitales oublient parfois de faire :
écouter un peuple, et lui offrir un lieu où son histoire peut se dire pleinement.

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